Transports et Grenelle de l’environnement : le fret ferroviaire est à contre-sens

La SNCF communique actuellement sur les grosses difficultés financières que rencontre sa branche Fret ferroviaire, avec comme conséquence l’abandon possible de l’activité du wagon isolé [1] qu’un audit a qualifiée d’activité non pertinente. Si cette activité est abandonnée, ceci représenterait près de 10 milliards de tonnes kilomètre pour l’année 2008, soit plus de 25% de l’activité fret ferroviaire, ou l’équivalent de plus de 2 millions de poids lourds supplémentaires !

Réactions de nos fédérations.


Conformément à la loi Grenelle 1, le gouvernement affiche un objectif à court terme « une croissance de la part du fret non routier et non aérien de 25% à l’horizon 2012 par rapport à 2006 », objectif de plus en plus impératif au regard des urgences climatiques. Face aux annonces de la SNCF, le gouvernement refuse l’abandon du service wagons isolés….mais refuse aussi toute aide. Solution élégante pour obtenir rapidement au moins une perte de 25% des volumes du fret ferroviaire et une application des engagements du Grenelle…. Mais à contre sens !

Si le gouvernement souhaite maintenir ses objectifs, il doit intervenir de façon active et non pas se contenter d’observer. La desserte ferroviaire effective de tous les territoires est un sujet d’intérêt général. Le risque d’un décrochement des entreprises et territoires français de l’Europe ferroviaire est réel. A ce titre, des décisions stratégiques s’imposent. Nous proposons quelques pistes :

  • Prendre réellement et fermement le dossier en main au niveau gouvernemental : nommer un Monsieur /Madame Fret Ferroviaire indépendant de la SNCF et de RFF, qui devra s’assurer de la mise en œuvre des engagements du Grenelle de l’environnement dans ce domaine ;
  • Mettre tout en œuvre pour la mise en place rapide des dessertes fines des territoires avec l’appui des collectivités, notamment par le projet « Opérateurs Ferroviaires de proximité » [2], freiné par la SNCF depuis de nombreuses années ;
  • Appliquer, au nom de l’intérêt général, une tarification spécifique et très faible sur les péages d’infrastructure [3] sur l’activité de regroupement des wagons isolés, quitte à augmenter ceux des trains entiers ;
  • Stopper tous les projets en faveur du mode routier qui défavoriseraient encore plus le fret ferroviaire (projets d’autoroutes, généralisation du 44 tonnes, expérimentation de méga camions, mesures fiscales…).

Les échecs organisationnels de la SNCF ne doivent pas remettre en cause cette activité de transport de marchandises, présentant des avantages environnementaux évidents.

Face à une position d’attentisme de la part de l’Etat et de la SNCF, nous demandons que des actions en faveur du fret ferroviaire soient mises en œuvre au plus haut niveau. La première de ces mesures doit être le maintien, voire le développement, du wagon isolé et non son abandon. Elles doivent assurer la pérennité du transport ferroviaire et s’inscrire dans un plan de grande ampleur pour les années 2020 – 2025. Comment l’Etat tiendra-t-il ses engagements de transfert modal en transport marchandises et notamment le passage de la part du non routier et non aérien de 14% à 25% à l’échéance 2022 ?

Le changement drastique de stratégie dans les transports, affiché au Grenelle de l’environnement, doit s’appliquer également au fret ferroviaire. Les choix à faire ne sont pas seulement économiques mais également environnementaux : il est grand temps de mettre en œuvre la rupture annoncée.

Communiqué signé par :
- la FNAUT (Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports)
- France Nature Environnement
- Reseau Action Climat
- Les amis de la Terre

Notes

[1wagon isolé : collecte et regroupement de wagons à partir des sites des clients de la SNCF, pour constituer un train entier

[2Projet « Opérateurs Ferroviaires de proximité » : projet de la SNCF visant la prise en charge de la desserte ferroviaire locale par des acteurs économiques privés.

[3Péage d’infrastructure : péage payé par tout utilisateur du réseau ferroviaire à RFF. EN réduisant ce coût d’utilisation, on favorise le wagon isolé ( par rapport à la route) alors que le "train entier" est moins sujet à la concurrence routière.

21 juin 2009 / 1er octobre 2009

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